Road trip sur la côte est Sydney/Surfers Paradise
11 janvier 2010
Illustrations : http://picasaweb.google.fr/jeanmaxime.dick/RoadTripEastCoast#
Alors, après une (très) longue absence, je décide de m’y remettre, parce qu’il faut bien l’avouer, ce petit périple qui occupa mes vacances mérite d’être conté.
Après maintes indécisions, sur la destination, les moyens d’y aller et l’organisation à mettre en place pour y arriver, il a facilement du s’écouler un bon mois. Inutile alors de préciser que tout s’est fait au dernier moment (évidemment) et dans la course. Au début, la Tasmanie semblait une bonne idée, et il s’agissait de partir Anne et moi et de rallier Paolo et Go à notre cause. Nous pensions en fait aller jusqu’à Melbourne, y passer quelques jours puis prendre le bateau pour atteindre ce morceau de terre au bout du monde, louer un van et enfin revenir en avion à Sydney. Facile non ? Donc le temps que l’on imagine tout cela, que j’en parle à mes colocs, nous étions déja à trois semaines des vacances, facile. Lorsque soudain, une idée nous traversa l’esprit, les colocs et moi. A dire vrai, c’est l’esprit de Go qu’elle a traversé puisque quitte à partir il préférait aller à Bali, ce qui reviendrait moins cher que la Tasmanie. Donc voila qu’à quelques semaines du départ théorique, je bombarde Anne de messages pour lui dire que l’on partira à Bali, un point c’est tout.
C’était sans compter le prix des billets d’avion… Minimum 800$. Ratééé, on verra la prochaine fois.
Et pourquoi pas louer un van plutôt, rester sur le continent et vadrouiller nous suggère Paolo. Ok. Alors à ce moment l’on peut louer un van ici, et on le rend à Brisbane pour revenir en avion. Bon là, ça commence à prendre forme. Enfin c’était jusqu’à ce que Go apprenne qu’il bosserait du 27 au 31… puis du 23 au 25 pour compléter la loose totale. A ce moment, nous devons être à une semaine du départ, programmé pour le 21 à midi, un lundi. Vendredi Paolo appelle pour louer le van, il n’est jamais trop tard n’est-ce pas ? Et finalement, lundi, 17h, nous partons. Oui, parce que les péripéties n’allaient pas se terminer comme cela d’un claquement de doigt. Nous avons trouvé le moyen de nous tromper de rue, autrement dit de parcourir la city de long en large, et de mettre environ 3h à trouver l’emplacement de location, situé sur George Street dans le quartier de Waterloo et non pas George Street dans le CBD… il fallait bien lire le reçu pour comprendre ça.
Tout d’abord, la grosse surprise… Le Van. Il mérite bien ses majuscules. Une épave (non je suis méchant), il roule, mais surtout, il est trash, à la limite du punk, orange et noir, une obscénité tagguée sur la porte arrière et en plus… il est entièrement peinturluré de GARFIELD ! Oui, vous avez bien lu, au moins quatre, dans toutes les positions imaginables et évidemment montrant son derrière lorsqu’il ne s’admire pas dans son miroir. La grande classe donc, on n’aurait guère pu faire mieux. C’est donc lui qui va nous accompagner tout au long de ces 10 jours. Il ne reste plus qu’à tout charger et nous voila partis. Cannes à pêche (pour le style), bouffe, cafetière, serviettes, fringues, planche et avanti !
Jour 1, Sydney/Palm Beach
Je rappelle donc qu’il est 17h, nous avions prévu de partir a midi… La première étape sera donc à Palm Beach, 40km au nord de Sydney, sachant que l’objectif est d’arriver dans le Queensland, à 1000km de là. Ouai, pas facile à ce rythme là. Mais tant pis. Nous arrivons peu de temps avant le coucher de soleil après s’être ravitaillé pour la nuit. Il n’y a personne, la plage est déserte, sauvage et nous avons l’embarras du choix, vue sur l’océan, vue sur la baie. Dur de choisir. Il suffit de faire quelques pas sur l’etroite bande de sable de cette presqu’ile recouverte d’arbres et buissons pour atteindre l’endroit voulu. Traverser une foret, y etre en plein milieu et entendre le bruissement des vagues, marcher pieds nus dans le sable, faire semblant de se perdre. Le soleil descend rapidement pour se draper dans la cime des arbres avant de les embraser. Cézanne aurait franchement craqué pour un ciel et des couleurs pareils. (Reportez vous aux photos parce qu’il faut vraiment le voir pour l’imaginer). Finalement, la baie sera parfaite pour le barbecue, à l’abris du vent, un peu de forêt derrière nous et face à nous un national park. On ne peut demander mieux. Le clapotis des flots accompagne le crépitement des étincelles de notre feu naissant. Au menu, brochettes de poulet, côtes de porc, pommes de terre, carottes. On ne se prive pas comme vous le constaterez. Et pour ajouter une touche d’exotisme à ce tableau le rhum accompagnera le diner, pour donner un air de boucanier à cette première soirée. Après s’être bien restaurés, bien abreuvés, la plage nous appelle donc déplacement du van de 50m pour faire face à l’océan sur un parking 5 étoiles, quasi désert. Bon maintenant le but du jeu est d’arriver à savoir comment dormir à quatre dans un van prévu pour trois. En travers plutot qu’en long avec les jambes repliées qui se casent où elles peuvent… certes. La nuit risque d’être courte, ce qui finalement n’est pas plus mal pour aller à l’eau de bonne heure ! On finira tout de même par ouvrir la porte pour laisser dépasser nos pieds (et accessoirement avoir de l’air).
Jour 2, Palm Beach/Port Stephens
Premier réveil vers 5h30, la lumière commence à poindre. Et si le soleil ici ne se couche pas dans l’océan, il émerge des flots le matin… et ouai, même latitude que le pays du Soleil Levant. Comment décrire un incendie pareil ? Le monde pourrait s’embraser sous vos yeux vous n’y verriez que du feu. Rouge sang, orange-ocre, les nuages gris mauves, rose chair… Toute la palette y passe, les cieux brûlent au dessus d’une chape de plomb qu’est l’océan vert de gris. Ce qui est étrange c’est de voir les nuages éclairés d’en dessous. Il faut imaginer un coucher de soleil à l’envers en fait. Les volutes qui se teintent progressivement, passant du rose saumon au mauve avec au loin du pourpre et autour de cette boule de feu, une teinte jaunatre qui se confond avec le sable de la plage. On perd la direction à force de regarder le spectacle. Il n’est peut etre pas loin de 6h. Je me donne encore une heure avant de me lever et d’enfiler la combi. Et je donne egalement une heure au Pacifique pour ne pas meriter son nom et grossir ses vagues.
… 7h, enfin ! Les vagues sont petites, surfables certes mais avec beaucoup de motivation. Peu importe, le decor en vaut la peine, il n’y a personne a l’eau, seulement quelques promeneurs eparpilles le long de la plage. Au pire cela me reveillera… Mais l’attente en vaudra la peine et avec la maree les vagues commencent a devenir legerement plus consistante et surtout parfaite. Se mefier au passage des dalles de rochers que l’on ne voit qu’au dernier moment, ce qui a failli couter cher. A 9h, nous atteignons le pic, des droites ou des gauches au choix, legerement creuses et qui deroulent jusque sur le sable. Pour une premiere matinee, on ne pouvait esperer mieux et cela semble de bonne augure. Le soleil rend les flots transparents et nous pouvons voir au travers des vagues emeraudes les fonds. A ma gauche une falaise orange recouverte d’arbre sur laquelle est perchee un phare. De la nature, partout, sans aucune trace humaine pour la deranger. A dire vrai, cela en impose de surfer a cote d’une falaise, elle vous domine, vous ferez presque de l’ombre mais en meme temps, elle est la pour vous rappeler qu’au beau milieu des flots la terre n’est pas loin… Double sensation. Mais le sentiment qui demeure est celui de la qietude, de la serenite en ce matin, tout semble parfait, denue de toute sombre pensee ou perspective de reel. Il n’y a pas d’heure si ce n’est la course du soleil et sa chaleur grandissante. Une temporalite naturelle sans arriere pensee. On ne s’en lasse pas, tout file sans preoccupation. Et pour tout dire, il sera difficile de quitter Palm Beach, c’est a regret que l’on se separe du lieu.
Nous trainons donc quelque peu, voire beaucoup puisque nous lezarderons sur la plage mais cette fois ci du cote de la baie tout au long de l’apres midi. L’endroit semble preferable car legerement abrite par des arbres s’aventurant sur les plates bandes sablonneuses des flots. Un peu d’ombre autrement dit… Et oui, cette journee sera fatale pour notre peau et donc riche en coups de soleil. Je ne les comptes meme plus tellement cela est devenu banal. General dans le sud-ouest on se dit “bon, allez, un coup de soleil en avril et c’est parti pour l’ete”. C’est aussi ce que je me suis dit en arrivant, mais detrompez vous ! Si jamais vous ne savez pas quoi faire, lancez un business de creme solaire, mais ecran 30 seulement (on ne trouve pas au dessus… dommage!). Vous etes sur de faire fortune. Donc, ignorant copieusement le tartinnage en regle de creme nous passons notre apres midi sur cette etroite bande de sable fin, bordee de vert, avec vu sur les monts du national park. Petite escapade d’une heure ou plus sur les rochers qui bordent l’extremite de l’ile. Nous decouvrons des criques et grottes naturelles, sortes de refuges surplombant de quelques metres seulement les eaux. Nous atteindrons tout de meme l’embouchure de la baie pour apercevoir l’ocean dans toute son immensite. La sensation d’etre dans un cocon n’est plus, le vent balaie la roche, les arbustes sont rares ou peignes par le soufle. Nous verrons meme un cactus en fleur au beau milieu des rocs, transformant ainsi le paysage oceanique en un desert aride, le soleil tapant sur nos nuques y contribuant largement. Plongeoirs naturels ,ombre, surface lisse et translucide des flots nous ramenent de nouveau au calme et a l’abris du soleil et du bouillon des eaux du Pacifique. Le retour sur la plage est salvateur pour nos pieds qui commencaient a mal vivre la surface des rochers, non seulement coupante mais aussi brulante. Vous me direz que le sable est aussi brulant, certes…
Il est 15h, et Go doit nous quitter, apres seulement une soiree et un jour. Dur de retourner bosser, surtout quand les autres poursuivent l’aventure. Mais avant cela, une etape importante de la journee, et du voyage, car c’est un point en permanence teinte d’incertitude, a savoir… la douche. Et oui, qui dit road trip, bourlinguer en van etc dit pas forcement de douche quotidienne. Ce qui peut s’averer particulierement demangeant apres une journee passee a mariner dans le sel, le sable la sueur et sous le soleil. Finalement cela pourrait s’appeler la regle des 4S. Autant dire qu’ a la fin votre coiffure ressemble a une permanente, un simple passage de la main vous permettrez au choix, soit de faire cuire des frittes, soit de vous faire une iroquoise. Les aleas me direz vous, l’avantage etant que nous etions tous dans le meme cas. Cela dit, cela se ressent tout de meme, le matin, au reveil, dans un van chaud et moite, un peu comme si vous passiez une semaine d’incubation dans la jungle quoi. Enfin, on s’y habitue (Hum…). Donc apres cet intermede tres technique, (et apres lequel vous penserez surement a deux fois avant d’envisager un tel sejour) direction la gare… finalement nous faisons machine arriere et revenons a environ 20km de Sydney. Ce qui n’augure rien de bon pour la suite de l’etape… Cela dit, nous atteindrons Port Stephens, de nuit, a environ 3h de route.
C’est l’occasion de decouvrir les routes australiennes, immenses, rectilignes, quasi desertes. Assez monotones si ce n’est le paysage. Finalement ce n’est qu’un trait trace en plein milieu du bush, parfois un pont pour enjamber une riviere, un fleuve, quelques ilots sur notre gauche. Nous “foncons” donc a toutes berzingues (sommes toutes relatives lorsqu’il s’agit d’un), fenetres grandes ouvertes en mode clim’ safari, la moitie de ce que nous disons nous echappe, emporte par les courants d’air. Nous ne relierons pas notre destination avant la nuit, ce qui sera quelque peu problematique pour trouver un endroit ou se garer. Nous pensions passer la nuit sur la plage de One mile beach, apparemment deserte, contemplant des eaux bleu azur et recouverte de sable blanc. Sauf que tout au long de la route cotiere, nous n’appercevrons pas la plage, mais aucune, ce qui est genant pour une route cotiere. Nous arrivons aux abords d’un camping ou nous pourrions stationner mais l’absence d’une vue sur l’ocean nous decide de bouger, par ailleurs, la proximite de la civilisation ne nous enchante guere. En revenant le lendemain nous realiserons qu’il suffisait de grimper une dune pour atteinte la plage. Tant pis. Nous atteignons alors le port de cette ville et faisons escale au milieu des arbres. Nous verrons le lendemain a quoi ressemble l’endroit, a priori rien de bien fou… Point de “diner” ce soir la, la fatigue et les rations de chips et autres aliments super sains ayant accompli leur mefait durant le trajet.
Jour 3, Port Stephens/Cellito Beach
Nous nous reveillons entoures par une armee de 4×4 avec remorques pour bateaux… et la on comprend pourquoi, nous sommes juste a cote d’une rampe de mise a l’eau. Mais surtout, ce que l’on comprend, c’est pourquoi il y a autant de voitures comme telles et donc de bateaux, car le paysage en vaut le detour. Immense baie fermee aux couleurs d’atol. Du blanc, du turquoise, quelques taches de verdure, et voila. Nous savourerons donc les magues et le cafe du petit dej’ face a pareille vue. Bon le spectacle sera quelque peu gache ou mis aux couleurs locales, au choix. Vers 10h, une armee de jeunes australiens debarquent a une dizaine de metres, chacun avec leur voiture, avec force de derapage, de cris de gorge et de volees de poussiere, qu’ils sont virils oulala ! C’est un point important et il faut noter que l’un d’eux possede un pick-up… Le pick-up, comme vous vous en doutez dispose d’un coffre a ciel ouvert, ce qui est pratique pour transporter des trucs, genre des planches. Mais nous avons decouvert ici une autre utilisation, a savoir la glaciere. Et oui, ils sont malins, il suffit de remplir le coffre de glace, d’y mettre toutes les bouteilles et les voila partis pour la journee. Enfin c’est une grande affirmation etant donne qu’a 11h ils etaient deja raides, et je parle du matin bien sur ! Donc recapitulons, tableau cristalin devant nos yeux, beuvries en arriere fond sonore et pendant ce temps un enorme pelican qui nage non chalemment en quete de la generosite des marins du dimanche. Le cadre est digne d’une carte postale, surtout au reveil. Mais nous decidons de quitter les lieux afin de se mettre en quete d’une plage. One mile beach nous semble appropriee, d’autant plus que nous etions rester sur notre faim la veille. Nous n’echappons pas au camping puisque c’est le seul acces a cette plage. Nous restons dans les memes perspectives, les dunes en plus, ce qui n’est pas sans rappeler Seignosse etrangement.
Il y a du vent, peut etre trop et le soleil cogne. Les vagues sont nulles mais tant pis, il fait meilleur dans l’eau. Il ya veritablement un air de bout du monde ici. Pas un chat ou presque, du vent, une vaste etendue blanche a perte de vue, seulement quelques touffes verdoyantes par endroit. Pas vraiment de vie en definitive et tout ne semble ici qu’ephemere, tout est de passage, rien de bien fixe si ce n’est le cadre, amovible, intact et ne craignant rien. Le vent souffle sur les dunes comme il le fait depuis des annees et elles sont toujours la, foulees par les pas de quelques touristes qui disparaitront d’ici peu. Cela en devient presque derangeant cette sensation d’invincibilite virginale et narquoise que degage ce paysage, il est impossible d’y avoir une prise.
